La bataille des mots

La notion de vieillissement de la population ? Une représentation négative de l’allongement de la vie

Par Christophe Capuano. Répondant à des préoccupations natalistes, Alfred Sauvy construit la notion de « vieillissement de la population » à la fin des années 1920 pour frapper les esprits. Popularisée dans les années 1940, elle alimentera une conception dramatisée des évolutions démographiques. Christophe Capuano revient sur l’histoire de cette expression et explicite, tout en les déconstruisant, les représentations négatives, erreurs et confusions qu’elle charrie.

Les vieux et les vieilles : du mépris au retournement du stigmate

Par Josiane Boutet. Les mots que nous employons quotidiennement ont une valeur – et parfois une charge – symbolique et sociale. Ils ne définissent pas seulement l’objet qu’ils désignent, mais aussi l’état de la société dans laquelle ils sont utilisés. C’est ce qu’analyse ici Josiane Boutet à propos de nos « vieux » et « vieilles ». Ces mots ont bien souvent une connotation négative obligeant à des contournements sémantiques. Mais de plus en plus nombreux sont ceux qui se réapproprient leur usage pour en faire des symboles de leur fierté.

Quand la catégorisation « Élèves en difficultés » masque la construction sociale des inégalités devant les apprentissages scolaires

Par Élisabeth Bautier. Cherchant à catégoriser les différents types d’élèves, l’institution scolaire construit des qualifications globalisantes qui participent de la construction de représentations elles-mêmes généralisantes quant à la nature des dispositions culturelles et cognitives gênant la scolarisation. En revenant sur l’expression « élèves en difficulté », Élisabeth Bautier montre en quoi le caractère général de cette dénomination concourt à masquer la nature effective des difficultés et de leur construction sociale comme à exempter l’école de ses responsabilités. Dès lors, cette catégorisation ne permet pas d’apporter des réponses pertinentes aux obstacles récurrents que rencontrent les élèves peu familiers des attentes et habitudes scolaires.

De quoi le « mérite » est-il le nom ?

Par Marie Duru-Bellat. À la charnière des XXe et XXIe siècles, les notions de mérite et d’égalité des chances ont connu un succès grandissant et continué de nourrir d’importants débats : quelle est la part du « mérite » dans le parcours scolaire ? Entre-t-il en contradiction avec la notion « d’égalité des chances » ou au contraire en est-il un utile complément ? Quel est le poids du contexte concret de la scolarité dans la réussite des élèves ? En revenant sur les raisons qui expliquent les inégalités massives de cheminement scolaire, Marie Duru-Bellat montre que l’école, loin de jouer un rôle d’arbitre neutre dans la sélection des plus « méritants », renforce par ses verdicts, structures et pratiques pédagogiques les inégalités. Au total, c’est la question de la légitimité du fonctionnement méritocratique qui est posée.

Des « élèves » ou des « publics scolaires » ?

Par Josiane Boutet. L’expression « public scolaire » est de plus en plus utilisée en lieu et place du terme d’« élèves ». En revenant sur le sens conventionnel de cette expression qui renvoie à l’idée de destinataire et de spectateur, Josiane Boutet interroge cette évolution sémantique. Celle-ci témoigne d’une forme d’euphémisation des rapports sociaux et réactive une conception passéiste de l’élève appréhendé comme un consommateur de biens scolaires et pédagogiques et non plus comme un « apprenant » actif, autonome et coopératif.

Des cotisations sociales aux charges sociales

Par Josiane Boutet. Les mots « cotisations » et « charges » ont, dans la langue française, des sens opposés. Pourtant, les expressions « cotisations sociales » et « charges sociales » sont devenues équivalentes dans le langage courant. Josiane Boutet revient sur cette évolution sémantique. Elle interroge les différentes conceptions que sous-tendent ces expressions et la manière dont elles façonnent notre perception de la réalité.

La citoyenneté sociale : définitions et lieux d’exercice

Par Rose-Anne Descotzia. Après avoir explicité les aspects économiques et sociaux de la notion de citoyenneté sociale, Rose-Anne Descotzia nous rappelle qu’il ne faut pas oublier les implications politiques véhiculées par le terme de citoyenneté qui renvoie au droit de participer directement ou par représentation à l’organisation de la vie de la Cité. Elle énumère les différents moyens connus et méconnus permettant de concrétiser ce droit. Elle nous invite à prendre au sérieux cette facette de la citoyenneté et à davantage utiliser ses différents lieux d’exercice.

Accès au Droit/Accès aux droits, de quoi parle-t-on ?

Par Rose-Anne Descotzia. Si l’expression « accès au droit » possède une dimension généraliste, la formule « accès aux droits » vise surtout les populations défavorisées et leur accès aux différentes aides et prestations sociales. Cette ambiguïté sémantique pose la question de savoir si elle ne contribue pas à construire une représentation des plus pauvres réduite à leur position de demandeurs d’aides matérielles.

Évolution du mot « Révolution »

Extrait du livre d’Alain Rey, « »Révolution », Histoire d’un mot » et vidéo du réseau Canopé définissant le mot révolution.

La révolution doit-elle être réinventée?

Par Alain Bertho. Les émeutes sont croissantes en ce début de XXIe siècle et connaissent une forme d’invisibilité jusqu’en 2011, année du printemps arabe, des Indignés et des occupations. Alors qu’en 2011, le mot « révolution » est convoqué partout, Alain Bertho interroge la question de savoir si ces soulèvements populaires peuvent être qualifiés ainsi. Leur absence de visée stratégique et l’impensé de leur traduction politique rompent avec la conception moderne de la révolution. Repenser l’État et sa nécessaire soumission à une puissance populaire est un moyen d’offrir une figure contemporaine de la révolution et de sortir du présentisme qui a caractérisé ces soulèvements.